Voilà ce que j'ai lu le 28 octobre 2007 devant une assemblée réunie à la nécropole militaire de Vailly sur Aisne:
"Mesdames, Messieurs,
Je me présente, je m'appelle Jonathan, j'ai 17 ans et je vie depuis tout petit au beau milieu d'une campagne Picarde généreuse et paisible.
Je suis actuellement en Terminale dans un lycée soissonnais, et lorsque mon regard se tourne vers l'avenir, j'aperçois de belles choses. Beaucoup d'autres jeunes étudiants ont, tout comme moi, la chance d'évoluer dans un monde en sécurité, où tout est à portée de main.
J'ose dire que nous tous ici ne prenons pas conscience de la chance que nous avons.
Mais on m'a parlé d'un monsieur que je n'ai jamais eu la joie de rencontrer. Ce monsieur en effet, vécut près d'un siècle avant moi.
Il s'agissait d'un bel homme, jeune et fort, il avait mon âge en 1914 m'a-t-on dit. Son nom : Raymond Edouard Combe.
On m'a parlé de lui car c'est mon arrière-arrière grand-père. Raymond Combe, contrairement à moi, ne pouvait pas espérer avoir un joli avenir. Et pour cause, en 1914 à 17 ans, il est appelé au front en tant que soldat 2e classe du 24e bataillon de Chasseurs Alpins de la 66e division appartenant au 11e Corps d'Armée de la 6e Armée de la République Française, sous le bon commandement du Général Maistre.
Tout ceci semble bien prestigieux. En réalité, il n'en est rien. Raymond Edouard Combe, équipé d'un fusil Lebel 1886 est expédié brutalement dans ces larges fossés, que l'on appelle tranchée.
Il est désormais loin de sa femme Anna Roatta, qui porte déjà leur premier enfant.
Trois longues années passent, et son Ardèche natale lui paraît maintenant à des années-lumière. Il a par miracle échappé aux balles et aux obus ennemis. Malgré cela, il vit un véritable enfer. Vous savez déjà combien les conditions de nos braves poilus étaient atroces, il me semble inutile d'insister là-dessus, car nous aurons beau essayer de décrire l'horreur dans laquelle devaient vivre ces milliers d'hommes, nous serons encore bien loin de la réalité. Ce qui est arrivé à ces pauvres soldats est complètement fou, complètement abject.
A 17 ans, on la vigueur, l'énergie, la soif de vie d'une jeunesse effrénée, alors que cette guerre, cette violence extrême, cette haine forcée a certainement dû éteindre en lui la passion qui l'habitait ...
Ainsi, Raymond Combe est toujours vivant, et en octobre 1917 le Général Pétain ordonne une offensive dont le front s'étendrait sur 14 km. Mon arrière-arrière grand-père de 20 ans quant à lui est précipité au front et sa mission consiste à attaquer les nids de mitrailleuses adverses, juste derrière la ferme des bovettes, sur le chemin des Dames.
Comment survivre à des machines crachant la mort à plus de 120 coups par minute, comment survivre au souffle de l'enfer ?
Le 23 octobre 1917, au petit matin, l'offensive est donnée. Les balles sifflent de tous les côtés, les obus frappent avec une fureur démesurée, les cadavres gisent déjà par centaine. Cependant, les français ont confiance car les moyens mis en œuvre pour réussir la bataille sont énormes.
Mon héroïque ancêtre pourtant, périt avec l'espoir d'avoir servi au mieux son pays, d'avoir contribué à la libération de sa patrie. Il ne lui restait plus que cet espoir.
Aujourd'hui, Raymond Combe repose ici même et je suis fier d'être son descendant, je ne cesserai jamais d'être éternellement reconnaissant envers tous ces braves qui ont sacrifié leur vie pour préserver la notre, ces hommes incarnent parfaitement la fraternité, l'amour mais également l'innocence d'un peuple qui n'a rien demandé, qui n'a fait que subir la folie de quelques-uns."